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ANGOISSE

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PSYCHIATR. Ensemble de sentiments et de phénomènes affectifs caractérisé par une sensation interne d’oppression et de resserrement et par la crainte réelle ou imaginaire d’un malheur grave ou d’une grande souffrance devant lesquels on se sent à la fois démuni et totalement impuissant à se défendre.

S. Freud l’a longuement décrite comme une peur devant un danger qui reste inconnu, indéterminé, venant le plus souvent de l’intérieur de soi.

C’est une réaction d’alarme primitive, inscrite dans le corps, comme un réflexe archaïque.

La distinction entre angoisse et anxiété est difficile à faire.

L’anglais ne connaît que le terme Anxiety, et l’allemand celui de Angst.

En français, il est classique de réserver à l’angoisse les formes les plus graves de l’anxiété.

C’est pourquoi on décrit une angoisse psychotique, une angoisse de morcellement, une angoisse de castration, une angoisse de mort, une angoisse de destruction, etc.

Alors que l’anxiété reste ressentie le plus souvent à un niveau essentiellement psychique, l’angoisse, par définition, s’accompagne de manifestations somatiques et neurovégétatives multiples : constriction -sophagienne,  récordialgies, dyspnée, tachycardie, tremblements, hypersudation (à type de sueurs froides, non liées à l’effort ni à la température extérieure), spasmes intestinaux avec parfois diarrhée profuse (P. Moebius).

Ces troubles vont accompagner d’une manière intense certaines crises d’angoisse paroxystique comme les «attaques de pa-nique ».

PSYCHAN. Affect de déplaisir plus ou moins intense qui se manifeste à la place d’un sentiment inconscient chez un sujet dans l’attente de quelque chose qu’il ne peut nommer.

L’angoisse se traduit par des sensations physiques, allant de la simple constriction épigastrique à la paralysie totale, et elle est souvent accompagnée d’une intense douleur psychique.

L’angoisse a été repérée par Freud dans ses premiers écrits théoriques comme la cause des troubles névrotiques.

Ainsi, dans une lettre à W. Fliess de juin 1894 (La naissance de la psychanalyse, 1950), Freud impute l’angoisse de ses névrosés en grande partie à la sexualité : « Au début, je m’engageais dans de fausses voies. Il me semblait
que l’angoisse dont souffraient les malades n’était que la continuation de l’angoisse éprouvée pendant l’acte sexuel, donc en fait un symptôme hystérique. »

Dans cette même lettre entièrement consacrée à « Comment naît l’angoisse », Freud avance que « l’angoisse découle d’une transformation de tension accumulée », cette tension pouvant être de nature physique ou psychique.

Pour lui, c’est une conversion de l’angoisse qui produit l’hystérie et la névrose d’angoisse. Mais, dit-il, « dans l’hystérie, c’est une excitation psychique qui emprunte une mauvaise voie en menant à des réactions somatiques »,alors que « c’est une tension physique qui ne peut se décharger psychiquement » qui serait à l’oeuvre dans la névrose d’angoisse.

Plus tard, en 1926, il écrit dans Inhibition, symptôme et angoisse : « Autrefois, je considérais l’angoisse comme une réaction générale du moi soumis aux conditions de déplaisir. »

Il revient sur cette conception en soulignant ces deux limites : faire entre l’angoisse et la libido sexuelle une relation particulièrement intime ; considérer le moi comme seul et unique lieu de l’angoisse.

C’est grâce à l’apport de O. Rank, qui considère le traumatisme de la naissance comme inaugural de l’angoisse, que Freud reconsidère ses positions.

Et il remonte de la réaction d’angoisse à la situation de danger, dont la naissance restera le prototype. Freud donne alors à l’angoisse deux sources différentes : l’une, involontaire, automatique, inconsciente, explicable lorsque s’instaure une situation de danger analogue à celle de la naissance et qui met en péril la vie même du sujet ; l’autre, volontaire, consciente, qui serait produite par le moi lorsqu’une situation de danger réel le menace.

L’angoisse aurait là pour fonction de tenter d’éviter ce danger.

Freud aboutit alors à une nouvelle définition de l’angoisse, dont il distingue deux niveaux.

Dans le premier, « c’est un affect entre sensation et sentiment, une réaction à une perte, à une séparation » (ibid.).

C’est cette partie de l’angoisse que Freud qualifie d’« originaire » et qui serait produite par l’état de détresse psychique du nourrisson séparé de la mère, « qui satisfait tous ses besoins sans délais » (ibid.).

Dans le second, l’angoisse est un affect, signal en réaction au danger de la castration en un temps « où le moi du sujet tente de se soustraire à l’hostilité de son surmoi » (ibid.).

Il s’agit là pour Freud de l’angoisse qui survient chez un sujet « au moment de la phase phallique » (ibid.). Ainsi, pour Freud, la survenue de l’angoisse chez un sujet est toujours articulable à la perte d’un objet fortement investi,
qu’il s’agisse de la mère ou du phallus.

J. Lacan consacra une année de son enseignement à élaborer, après Freud, une articulation aussi précise que possible de ce concept qu’est l’angoisse (Séminaire X, 1962-1963, L’angoisse).

Pour lui, il s’agit non pas tant de la comprendre ou de la décrire que de la repérer dans sa position structurale et dans ses éléments signifiants.

Voici comment il reprend la définition de Freud : l’angoisse est un affect dont la position a minima est d’être un signal.

Mais, pour Lacan, l’angoisse n’est pas la manifestation d’un danger interne ou externe.

C’est l’affect qui saisit un sujet, dans une vacillation, quand il est confronté au désir de l’Autre.

Si, pour Freud, l’angoisse est causée par un manque d’objet, par une séparation d’avec la mère ou le phallus, pour Lacan l’angoisse n’est pas liée à un manque d’objet.

Elle surgit toujours dans un certain rapport entre le sujet et cet objet perdu avant même d’avoir existé, ce dont parle Freud dans l’Esquisse d’une psychologie et qu’il nomme « das Ding », la Chose.

Pour Lacan, cet objet n’est pas aussi perdu que nous sommes portés à le croire, puisque nous en retrouvons les traces visibles et patentes sous les formes du symptôme ou dans les formations de l’inconscient.

Nous reconnaissons, dans le fait de dire que l’angoisse « n’est pas sans objet », le rapport étroit qui la lie au phallus ou à ses équivalents.

Il s’agit de la castration symbolique, comme Freud l’avançait également.

L’angoisse, pour Lacan, est la seule traduction subjective de ce qu’est la quête de cet objet perdu.

Elle survient chez un sujet quand cet objet, équivalent métonymique du phallus, structuralement manquant, devient un objet de partage ou d’échange.

Car, pour Lacan, il n’y a pas d’image possible du manque.

Cet objet manquant et spécifiquement concerné dans l’angoisse, Lacan le qualifie de « support » puis de « cause du désir » et le nomme « objet a ».

Cet objet a, dit Lacan, c’est l’objet sans lequel il n’est pas d’angoisse.

C’est le roc de la castration dont parle Freud, réserve dernière et irréductible de la libido.

« C’est de lui dont il s’agit partout où Freud parle de l’objet quand il s’agit de l’angoisse » (« Leçon du 28 novembre 1962 », Séminaire X, 1962-1963).

Pour Lacan, ce qui constitue l’angoisse, « c’est quand quelque chose, n’importe quoi vient apparaître à la place qu’occupe l’objet cause du désir » (ibid.).

L’angoisse est toujours suscitée par cet objet qui est ce qui dit « je » dans l’inconscient et qui tente de s’exprimer par le biais d’un besoin, d’une demande ou d’un désir.

Pour qu’un sujet puisse être désirant, dit Lacan, il faut qu’un objet cause de son désir puisse lui manquer.

Que cet objet a vienne à ne pas manquer et nous nous trouvons précipité, comme sujet, dans la situation de l’inquiétante étrangeté (Unheimlich), et c’est alors que surgit l’angoisse.

Selon Lacan, il y a une structure, un champ de l’angoisse : c’est toujours encadrée qu’elle se manifeste, c’est une scène, une fenêtre où, comme dans le fantasme, vient s’inscrire l’horrible, le louche, l’inquiétant, l’innommable.

Lorsque la place du manque n’est pas préservée pour un sujet, son image spéculaire, habituellement vissée au miroir, s’en détache et, comme dans Le Horla, devient l’image d’un double auto-nome et désarrimé, source de terreur et d’angoisse.

Ainsi, pour Lacan, l’angoisse n’est pas le signal d’un manque mais la manifestation pour un sujet d’un défaut de cet appui indispensable qu’est pour lui le manque.

En effet, ce qui engendre l’angoisse de la perte du sein pour un nourris-son, ce n’est pas que ce sein puisse venir à lui manquer, mais c’est qu’il l’envahisse par sa toute-présence.

C’est la possibilité de son absence qui préserve pour l’enfant un au-delà à sa demande, constituant ainsi un champ du besoin radicalement séparé de celui du désir.

Toute réponse qui se veut comblante ne peut, pour Lacan, qu’entraîner le surgisse-ment de l’angoisse.

L’angoisse, c’est donc « la tentation non pas de la perte de l’objet, mais la présence de ceci que les objets, ça ne manque pas » (« Leçon du 5 décembre 1962 », ibid.).

Lacan rend compte de l’angoisse en usant de trois points de repère (la jouissance, la demande, le désir), mais où la dimension du rapport à l’Autre est dominante.

Selon Lacan,l’angoisse se caractérise donc par ce qui ne trompe pas, c’est le pressentiment, ce qui est hors de doute.

Ce n’est pas le doute, mais la cause du doute.

L’angoisse, c’est l’affreuse certitude, c’est ce qui nous regarde, comme l’Homme aux loups, à travers la lucarne, au comble de l’angoisse, se voyait regardé par les cinq paires d’yeux de son fantasme.

L’angoisse est toujours ce qui nous laisse dépendant de l’Autre, sans aucun mot, hors symbolisation.

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