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L’ANTIPSYCHIATRIE ANGLAISE

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Si le début de cette contestation apparaît dès 1957 avec le psychiatre américain T. Szasz, qui met en doute la réalité de la maladie mentale, dont il fait un simple « mythe » (dans ses ouvrages Douleur et Plaisir et le Mythe de la maladie mentale), et sous un angle très philosophique avec la fameuse Histoire de la folie à l’âge classique de M. Foucault, parue en 1961, c’est aux Anglais D. Cooper, A. Esterson et R. Laing qu’on doit le terme AntiPsychiatry et le grand mouvement qui bouleversa la psychiatrie.

Les premiers, ils ont poussé jusqu’au bout les conséquences d’une critique constamment refoulée par les psychiatres eux-mêmes : la folie est un phénomène social dont la définition est imposée par la société et utilisée en vue de la relégation de certains « étiquetés fous », grâce au psychiatre et à l’institution psychiatrique, émanations et instruments de cette société dite « aliénante ».

Il y aurait donc, dans la relation du psychiatre avec le malade mental, et même dans celle du psychanalyste avec l’analysé, une « hypocrisie confortable et autoprotectrice », une véritable complicité avec la société dans la défense d’une « normalité » exorbitante, une soumission servile à l’ordre établi et une méconnaissance profonde, souvent teintée de sadisme, de celui qui est considéré comme malade.

Les psychiatres devraient donc adopter une attitude tout à fait différente s’ils veulent donner la parole à ce dernier, attitude faite d’humilité et de modestie, qui lui laisserait en quelque sorte le premier rôle.

Pour Cooper et ses amis, il faudrait donc oublier tout ce qu’on a appris en psychiatrie, quitter les institutions et hôpitaux, ne plus croire aux progrès de la thérapeutique.

La seule voie serait de vivre avec les fous : habiter avec eux, dans de petites communautés, désapprendre la psychiatrie et ses diagnostics, devenir en quelque sorte les élèves des schizophrènes en payant son écot et, pourquoi pas, les leçons qu’ils peuvent donner.

Car « les fous ont beaucoup de choses à nous apprendre, non seulement sur eux, mais aussi sur nous ».

À la limite, seules leurs expériences peuvent être véritablement formatrices et didactiques pour le futur antipsychiatre.

L’antihôpital À l’hôpital classique doit succéder l’« antihôpital ».

Cooper relate l’expérience tentée au pavillon 21, une unité de schizo phrènes dans un grand hôpital psychiatrique de la banlieue londonienne.

Dans ce pavillon, les méthodes et les attitudes classiques ont été systématiquement éliminées ou totalement inversées.

Malgré les difficultés éprouvées par le personnel soignant, car « il ne peut accéder à la réalité du groupe institutionnel qu’à condition de sacrifier ses moyens d’existence ou de les mettre, à tout le moins, quelque peu en péril », les malades sont devenus, en quelque sorte, les soignants.

Il faut, bien entendu, dépasser pour cela cette « frontière particulièrement menaçante qui sépare personnel et patient,
santé et folie ».

Mais, comme le regrette Cooper, « la réponse officielle fut loin d’être favorable ».

Et c’est en dehors des services publics qu’il conseille de fonder ces anti-hôpitaux, comme il le fit lui-même dans le cadre associatif de la Philadelphia Association, créée avec ses amis Esterson et Laing en 1965.

Le plus célèbre de ces homes fut le fameux Kingsley Hall, centre communautaire de la banlieue de l’Est londonien où séjournèrent 119 personnes (de 1965 à 1970), dont Mary Barnes, véritable vedette du mouvement antipsychiatrique anglais.

Elle devait y poursuivre, aidée par le psy-chiatre J. Berke, qui a raconté son histoire, une longue régression renaissance, et y devenir, à partir des fresques qu’elle réalisait au début avec ses matières fécales, un peintre de talent. Sa schizophrénie n’était qu’une étiquette que la société lui imposait pour faire taire, étouffer sa révolte, avec l’aide de la psychiatrie officielle, « toujours prête à faire violence à la folie » (Cooper).

La métanoïa Si le mouvement antipsychiatrique anglais entraînait la disparition des divers diagnostics de psychoses chroniques, dans sa contestation antinosographique, il admet-tait cependant l’existence de « psychoses aiguës ».

Mais, pour celles-ci, il suffisait d’en respecter l’évolution normale, qui devait aller spontanément vers la guérison puisque c’étaient à la fois les traitements et l’internement qui provoquaient la chronicisation.

Il suffisait de suivre le malade dans son voyage.

Laing admettait que certains sujets peuvent présenter des crises psychotiques aiguës, véritables voyages métanoïaques où l’esprit se change, que l’on peut provoquer avec des substances psychomimétiques comme le L.S.D.

Ces voyages sont bons ou mauvais selon que le milieu les favorise ou les contrarie.

Les services et cliniques psychiatriques classiques, les considérant comme des maladies, les traitent comme telles, et en font ainsi des psychoses chroniques, des schizophrénies.

En revanche, lorsque le milieu est favorable, ce voyage est une découverte plus profonde de soi-même avec un dynamisme révolutionnaire bénéfique.

La catastrophe ne surviendrait en fait que lorsque l’appareil social, policier et médical s’y oppose.

Laing devait appeler cette crise, ce voyage, une métanoïa, mot grec trouvé dans les Évangiles et qui a le sens de repentir, de regret, mais aussi de conversion, de trans-formation spirituelle.

Lorsque le sujet est en métanoïa, il suffit qu’il soit mis quelque temps dans un de ces anti-hôpitaux pour que le déroulement de la crise, qui ne serait tolérée en aucun milieu, psychiatrique ou non, se poursuive jusqu’à son terme, généralement sous une forme régressive.

Laing racontait volontiers le cas d’un jeune médecin militaire, atteint d’une bouffée paranoïde aiguë, dont il s’était occupé tout au début de sa carrière.

Au lieu d’appliquer au patient les traitements classiques (insuline, électrochocs ou sédatifs), il avait passé de nombreuses heures avec lui. Il avait déliré avec lui, devenant son associé dans ses projets : attaquer la Banque d’Angle-terre, être Jules César, Hamlet ou Robin des Bois. En dehors de son existence rassurante et de sa compagnie, Laing ne lui fournissait donc aucune thérapeutique.

Au bout de six semaines de non-traitement, le militaire abandonna ses fantasmes délirants et fut apte à reprendre sa vie normale.

Ainsi, la psychose porterait en elle-même sa solution et les moyens d’en guérir.

Elle est même, ajoutait-il, une expérience très enrichissante, « un tournant favorable dans l’évolution de la personnalité ».

On pour-rait se demander s’il ne faudrait pas parfois la provoquer pour faire apparaître, derrière le faux self, ou soi artificiel (angl. False Self), le soi profond et authentique (angl. Inner Self ) [!SELF].

Selon Laing (le Moi divisé), c’est là que se situerait l’intérêt de certains états psychédéliques, de ces « voyages » comme les appellent les amateurs de L.S.D. Et Laing réitère cette « invitation au voyage » dans son livre suivant, Politique de l’expérience, qu’on a pu considérer comme une véritable provocation à la toxicomanie.

La pathogénie familiale et sociale Dans cette perspective, Esterson et Laing ont mis l’accent, à partir de leurs études de familles de schizophrènes, sur une causalité essentiellement sociale et familiale du trouble mental.

Il s’agissait pour eux de dénoncer une certaine conception erronée de l’individualité psychophysique du malade et de diriger les recherches vers le processus dialectique et historique qui s’est développé à travers le jeu complexe des relations interpersonnelles.

Comme ils l’indiquent, « notre intérêt se porte sur les personnes, toujours en relation avec nous ou entre elles, et toujours à la lumière du contexte de leur groupe, qui, dans ce travail, est d’abord la famille, mais peut aussi inclure les réseaux personnels extrafamiliaux des membres de la famille s’ils ont une portée spécifique sur les éléments que
nous essayons d’éclairer ».

La famille est ainsi considérée par eux comme une « texture relationnelle, un champ d’interactions concrètes où les affrontements et les influences réciproques se trouvent majorés en fonction de la proximité des êtres dans un face-à-face permanent ».

Nexus familial est le terme par lequel ils désignent cette structure nodale privilégiée qui permet à un individu de se comprendre dans ses interactions familiales.

Dans leur recherche faite sur onze familles au sein desquelles se trouvait un schizoph-rène, Esterson et Laing montrent que le comportement considéré cliniquement comme symptomatique de la schizophré-nie n’est que le résultat d’interactions familiales.

Cette maladie ne serait donc qu’une création du milieu sociofamilial.

Ils se sont intéressés, en particulier, aux symptômes dits « processuels », c’est-à-dire à ceux qui seraient, dans une perspective psychobiologique, les manifestations directes d’un processus biologique comme l’a décrit E. Bleuler.

Or, de tels symptômes, lorsqu’ils sont repris dans une perspective sociofamiliale, sortent du « réduit biologique » pour apparaître comme une stratégie inventée par le sujet pour arriver à vivre dans ce qui est devenu pour lui invivable.

On retrouve donc, dans la symptomatologie bleulérienne, les manifestations d’une adaptation dramatique d’un individu que les conditions familiales acculent en quelque sorte à une véritable situation de survie. Et, à ce titre, le film Family Life (1972), de K. Loach, a été une illustration cinématographique exemplaire de ces thèses.

Sans doute, les antipsychiatres anglais n’étaient pas les premiers à avoir étudié la pathologie mentale intrafamiliale.

Aux États-Unis, on s’intéressait beaucoup à la pathologie familiale. T. Lidz et son groupe lui avaient appliqué une lecture psychanalytique en privilégiant la triade familiale et en montrant le décalage qui apparaîtrait entre l’organisation consciente des rôles parentaux et la recherche par l’enfant « futur schizophrène » de sa propre identité dans le développement de sa personnalité.

L. C. Wynne avait de son côté repéré, dans la psychopathogenèse familiale de la schi-zophrénie, des relations particulières de pseudo-mutualité et de pseudo-hostilité.

Mais c’était surtout l’école dite « de Palo Alto » qui avait déjà acquis une certaine renommée en étudiant les troubles de la communication. J. Weakland et D. Jackson avaient en particulier utilisé la notion de double lien (angl. Double Bind) introduite par l’ethnosociologue G. Bateson, qui avait montré que cette distorsion de la communication intrafamiliale pouvait jouer un rôle essentiel dans l’apparition et les manifestations cliniques de la schizophrénie.

Mais tous ces travaux ne cherchaient à rendre intelligibles les relations familiales du schizophrène que selon l’hypothèse psychosociologique introduite au départ de la recherche, les parents n’étant finalement impliqués dans la maladie de leur enfant qu’au niveau de ce modèle.

Et on sait bien maintenant que ces modèles ne donnaient aux chercheurs que l’illusion d’avoir trouvé une clef.

Tous ces systèmes d’organisation familiale et les idéologies attenantes, continuant à faire leur oeuvre, risquaient tout au plus de leurrer le thérapeute trop pressé de trouver des « facteurs pathogènes ».

Et il semble bien acquis maintenant que le double lien comme le concept de « déviation de la communication », introduit et développé par l’équipe Wynne, n’ont rien de spécifique et ne constituent pas des facteurs prédictifs et diagnostiques suffisants de la schizophrénie.

Antipsychiatrie et politique Il y avait dans ce mouvement anglais une sorte d’engagement héroïque à se situer dans le paradoxe d’une opposition à une société aliénante avec toutes les normes et l’orthodoxie qu’elle exige, associée à une identification au malade mental qui serait finalement le personnage sain en face de ladite société malade.

Mais il est finalement plus facile de participer à la révolte de celui-là qu’à la réforme de celle-ci.

À vouloir trop critiquer la psychiatrie traditionnelle, on risque sans doute d’oublier de se mettre en cause et d’analyser sa propre agressivité.

En orientant celle-ci dans le même sens que celle du malade, on supprime le problème de sa propre angoisse en face de lui.

On est « avec les malades » contre l’institution, l’administration, la société. Mais on n’a pas pour autant supprimé le problème de la folie.

On s’est seulement acheté à bon marché une bonne conscience. Or, on sait que cette bonne conscience n’est rien d’autre qu’un False Self, siège par excellence de la plus profonde méconnaissance de soi.

On entretient ainsi sa méconnaissance des motivations du psychiatre en la matière, de sa culpabilité à rester du « bon côté » et à tirer son épingle du jeu, voire « de son agressivité inconsciente qu’il s’agit d’annuler en s’identifiant à l’agressé (là où peut-être le psychiatre de tradition s’identifierait à l’agresseur), en tout cas de son malade en toute relation de pouvoir, ici négativée par l’engagement antipsychiatrique » (J. L. Faure et E. Ortigues).

Il y a en effet, dans toute institution thérapeutique, une relation de pouvoir de plus en plus difficile à préciser, mais qui
ne peut en aucun cas être escamotée.

Et c’est à partir de la philosophie sartrienne que Laing et Cooper se sont efforcés de l’analyser politiquement.

Ils connaissaient parfaitement l’oeuvre de Sartre, beaucoup mieux que la majorité des psychiatres français. Ils lui ont d’ailleurs consacré un ouvrage intitulé Raison et Violence : une décennie de la philosophie de Sartre, pour lequel le philosophe leur a écrit un avant-propos.

Ils y étudient la Critique de la raison dialectique, Questions de méthode et Saint Genet, comédien et martyr.

Déjà en 1960, dans le Moi divisé, Laing tenait à décrire en termes existentiels et relationnels la maladie mentale et, plus spécialement, la schizophrénie.

Sans négliger l’oeuvre de Freud, il cherchait à montrer que la société occidentale ne réprime pas seulement les instincts et la sexualité, mais aussi toutes les formes de transcendance.

« Un homme, écrit-il, qui préfère être mort plutôt que communiste est normal. Un homme qui déclare qu’il a perdu
son âme est fou.

Un homme qui dit que les hommes sont des machines peut être considéré comme un grand scientifique.

Un homme qui dit qu’il est une machine est «dépersonnalisé» selon le jargon psychiatrique.

Un homme qui proclame que les nègres sont une race inférieure peut être largement respecté.

Un homme qui prétend que sa blancheur est une forme de cancer risque de se faire interner. »

Et Cooper, en retournant le concept de santé mentale, abondait dans le même sens : « La santé mentale telle que je la conçois, c’est la possibilité pour tout être humain de s’engager non seulement jusqu’au coeur de la folie, mais encore au coeur de toute révolution trouvant dans cette voie-là une solution à la préservation du moi. » Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que les antipsychiatres anglais s’engagent ainsi dans une voie authentiquement révolutionnaire.

Et les actes du Congress on the Dialectics of Liberation tenu à Londres en 1967 sont sur ce point très éloquents.

On y retrouvait, à côté de Laing et de Coo-per, H. Marcuse et S. Carmichael.

Le but de ce congrès était de « créer une véritable conscience révolutionnaire en joignant l’idéologie à l’action sur les individus et sur les masses sans refuser la violence si elle est nécessaire ».

Mais il semble que l’accord n’y ait pas toujours été complet, et les perspectives de Carmichael y sont nettement
plus « engagées » que celles de Cooper.

Les antipsychiatres semblaient pratiquer un anarchisme somme toute assez utopique.

Il est difficile de voir un acte de résistance vraiment sérieux et dangereux dans le fait, comme ils le conseillaient, de déchirer publiquement le quotidien « pourri » qu’ils venaient d’acheter chez leur marchand de journaux.

Et le mouvement antipsychiatrique anglais allait sombrer dans cette utopie.

Ce ne fut pas le cas en Italie, où le même mouvement allait conduire à la disparition de l’asile, en étant d’ailleurs encore
plus politisé.

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